Techniques et bonnes pratiques de la paie
đ¶ IndemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s : rĂšgle du dixiĂšme, maintien de salaire et maladie
Thématique : Loi DDADUE : Quelles conséquences concrÚtes en paie ?
đ¶ IndemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s : rĂšgle du dixiĂšme, maintien de salaire et maladie
La loi DDADUE a beaucoup fait parler dâelle sur lâacquisition des congĂ©s payĂ©s pendant la maladie. Pourtant, un autre sujet mĂ©rite une attention tout aussi importante : le calcul de lâindemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s.
En paie, ajouter des jours dans un compteur ne suffit pas. Il faut aussi savoir comment ces jours seront indemnisĂ©s lorsquâils seront pris ou lorsquâils seront payĂ©s dans le cadre dâun solde de tout compte.
Le sujet est technique, car les rĂšgles dâacquisition et les rĂšgles dâindemnisation ne se confondent pas. Un salariĂ© peut acquĂ©rir des congĂ©s pendant un arrĂȘt maladie, mais la rĂ©munĂ©ration de rĂ©fĂ©rence Ă retenir pour le calcul de lâindemnitĂ© peut varier selon la nature de lâarrĂȘt.
đ Les deux mĂ©thodes restent incontournables
En matiĂšre de congĂ©s payĂ©s, deux mĂ©thodes doivent toujours ĂȘtre comparĂ©es : la rĂšgle du maintien de salaire et la rĂšgle du dixiĂšme.
La mĂ©thode du maintien de salaire consiste Ă verser au salariĂ© ce quâil aurait perçu sâil avait travaillĂ© pendant la pĂ©riode de congĂ©s. Câest une logique de continuitĂ© de rĂ©munĂ©ration.
La rĂšgle du dixiĂšme consiste Ă calculer une indemnitĂ© correspondant Ă 10 % de la rĂ©munĂ©ration brute totale retenue sur la pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence. Cette mĂ©thode peut ĂȘtre plus favorable lorsque le salariĂ© a perçu des primes, des variables ou des Ă©lĂ©ments de rĂ©munĂ©ration importants.
La paie doit comparer les deux méthodes et appliquer celle qui est la plus favorable au salarié.
Cette comparaison reste obligatoire aprĂšs la loi DDADUE. Ce qui change, câest la maniĂšre dâintĂ©grer certaines pĂ©riodes dâarrĂȘt maladie dans la base de calcul.
đ€ Maladie non professionnelle : une prise en compte spĂ©cifique
Pour la maladie non professionnelle, la loi prĂ©voit une rĂšgle particuliĂšre. La rĂ©munĂ©ration correspondant aux pĂ©riodes dâarrĂȘt est prise en compte dans la base du dixiĂšme Ă hauteur de 80 %.
Cela signifie que la paie doit reconstituer une rĂ©munĂ©ration de rĂ©fĂ©rence pour la pĂ©riode dâarrĂȘt, mĂȘme si le salariĂ© nâa pas perçu son salaire habituel pendant cette pĂ©riode. Cette rĂ©munĂ©ration reconstituĂ©e est ensuite retenue Ă 80 % pour le calcul du dixiĂšme.
Prenons un salariĂ© rĂ©munĂ©rĂ© 2 600 ⏠bruts par mois. Sa pĂ©riode dâacquisition court du 1er juin 2025 au 31 mai 2026. Il a travaillĂ© 9 mois et a Ă©tĂ© en arrĂȘt maladie non professionnelle pendant 3 mois.
Pour la rĂšgle du dixiĂšme, la base peut ĂȘtre dĂ©terminĂ©e ainsi :
âĄïž 9 mois travaillĂ©s Ă 2 600 ⏠= 23 400 ⏠;
âĄïž 3 mois de maladie Ă 2 600 ⏠à 80 % = 6 240 ⏠;
âĄïž base totale = 29 640 ⏠;
âĄïž indemnitĂ© selon le dixiĂšme = 2 964 âŹ.
Ce montant devra ensuite ĂȘtre comparĂ© avec le maintien de salaire lorsque le salariĂ© prendra ses congĂ©s.
đ§Ÿ La difficultĂ© des rĂ©munĂ©rations variables
Le sujet devient plus complexe lorsque le salarié perçoit des primes, des commissions ou une rémunération variable.
Un commercial perçoit un fixe de 2 200 ⏠bruts et des commissions mensuelles variables. Il est en arrĂȘt maladie non professionnelle de fĂ©vrier Ă avril 2026. Pour calculer correctement la base du dixiĂšme, il faut dĂ©terminer la rĂ©munĂ©ration qui aurait Ă©tĂ© prise en compte pour ces pĂ©riodes, puis appliquer la rĂšgle de prise en compte applicable Ă la maladie non professionnelle.
La difficultĂ© est de savoir quels Ă©lĂ©ments doivent entrer dans la base. Les Ă©lĂ©ments ayant le caractĂšre de salaire et liĂ©s Ă lâactivitĂ© doivent ĂȘtre analysĂ©s. Les primes exceptionnelles, remboursements de frais ou Ă©lĂ©ments non liĂ©s au travail effectif doivent ĂȘtre traitĂ©s selon leur nature.
Il est donc recommandé de documenter le calcul, surtout pour les salariés ayant une rémunération variable importante.
đ„ ArrĂȘt dâorigine professionnelle : une autre logique
Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, le traitement est plus favorable. Les pĂ©riodes dâarrĂȘt dâorigine professionnelle sont assimilĂ©es Ă du temps de travail effectif pour lâacquisition des congĂ©s payĂ©s. Pour la rĂšgle du dixiĂšme, la rĂ©munĂ©ration correspondant Ă ces pĂ©riodes est prise en compte Ă hauteur de 100 %.
Un salarié rémunéré 2 600 ⏠bruts par mois est en accident du travail pendant 3 mois sur la période de référence. La base reconstituée pour ces 3 mois sera retenue à 100 %, et non à 80 %.
La distinction est donc essentielle. Une erreur de code absence peut entraĂźner une erreur de compteur et une erreur de valorisation.
đ° Comparaison maintien / dixiĂšme
La comparaison entre maintien et dixiĂšme ne doit pas ĂȘtre oubliĂ©e. Elle est parfois nĂ©gligĂ©e lorsque les congĂ©s sont pris aprĂšs un arrĂȘt maladie.
Prenons un salariĂ© qui prend 12 jours ouvrables de congĂ©s en aoĂ»t 2026. Son salaire mensuel est de 2 400 âŹ. Son indemnitĂ© selon le maintien dĂ©pendra de ce quâil aurait perçu pendant cette pĂ©riode dâabsence. La rĂšgle du dixiĂšme, elle, dĂ©pendra de la base de rĂ©munĂ©ration de la pĂ©riode dâacquisition, en intĂ©grant correctement les pĂ©riodes de maladie.
Si le salariĂ© a perçu des primes avant son arrĂȘt ou si sa rĂ©munĂ©ration variable est importante, le dixiĂšme peut ĂȘtre plus favorable que le maintien. Ă lâinverse, si sa rĂ©munĂ©ration est stable, le maintien peut ĂȘtre Ă©quivalent ou plus favorable.
Le logiciel doit donc ĂȘtre capable de calculer les deux mĂ©thodes et de retenir la plus avantageuse.
â ïž Les erreurs frĂ©quentes
La premiĂšre erreur consiste Ă ajouter les jours acquis pendant la maladie sans revoir la base de calcul de lâindemnitĂ©. Le compteur est alors corrigĂ©, mais la valorisation reste fausse.
La deuxiĂšme erreur consiste Ă traiter toutes les maladies de la mĂȘme façon. La maladie non professionnelle, lâaccident du travail et la maladie professionnelle doivent ĂȘtre distinguĂ©s.
La troisiĂšme erreur concerne les salariĂ©s sortants. Lorsquâun salariĂ© quitte lâentreprise, lâindemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s doit intĂ©grer les droits acquis pendant la maladie. Mais elle doit aussi ĂȘtre correctement valorisĂ©e. Si la paie reprend seulement le compteur sans contrĂŽler la mĂ©thode de calcul, lâindemnitĂ© peut ĂȘtre insuffisante.
La quatriÚme erreur concerne les arrondis. Les entreprises doivent vérifier les rÚgles applicables : jours ouvrables, jours ouvrés, arrondis au supérieur, pratiques conventionnelles, paramétrage logiciel.
đ Impact sur les provisions
LâindemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s a Ă©galement un impact sur les provisions. Si les salariĂ©s acquiĂšrent davantage de jours pendant la maladie, lâentreprise doit provisionner ces droits. Mais la valorisation doit aussi ĂȘtre correcte.
Une entreprise qui provisionne les jours acquis pendant maladie non professionnelle Ă partir dâune base erronĂ©e peut sous-estimer ou surestimer son passif social. Le sujet concerne donc autant la paie que la comptabilitĂ©.
đ ïž ContrĂŽles Ă mettre en place
Pour sĂ©curiser lâindemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s, il est recommandĂ© de mettre en place plusieurs contrĂŽles :
âĄïž vĂ©rifier la nature de lâarrĂȘt ;
âĄïž contrĂŽler lâacquisition de jours ;
âĄïž vĂ©rifier la rĂ©munĂ©ration de rĂ©fĂ©rence ;
âĄïž appliquer la prise en compte Ă 80 % pour la maladie non professionnelle ;
âĄïž appliquer la prise en compte Ă 100 % pour les arrĂȘts dâorigine professionnelle ;
âĄïž comparer maintien et dixiĂšme ;
âĄïž conserver le dĂ©tail du calcul ;
âĄïž vĂ©rifier les rĂšgles conventionnelles plus favorables.
Ces contrĂŽles doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s Ă la prise des congĂ©s, mais aussi au moment du solde de tout compte.
â Ă retenir
La loi DDADUE ne crée pas seulement un sujet de compteur. Elle crée aussi un sujet de valorisation.
En paie, il faut dĂ©sormais raisonner en deux temps : dâabord dĂ©terminer le nombre de jours acquis, puis calculer correctement lâindemnitĂ© due. La distinction entre maladie non professionnelle et arrĂȘt dâorigine professionnelle est centrale.
Un compteur exact ne suffit pas si lâindemnitĂ© est calculĂ©e sur une mauvaise base. La sĂ©curisation passe par une comparaison rigoureuse entre maintien de salaire et rĂšgle du dixiĂšme, un paramĂ©trage fiable et une documentation claire du calcul. đ¶đ§Ÿ
Article de référence
loi DDADUE et ses consĂ©quencesDans la mĂȘme thĂ©matique
loi DDADUE et ses conséquences
La loi DADDUE modifie en profondeur la gestion des congĂ©s payĂ©s en cas d'arrĂȘt maladie, alignant le droit français sur les normes europĂ©ennes. DĂ©sormais, les salariĂ©s acquiĂšrent des congĂ©s payĂ©s pendant un arrĂȘt maladie non professionnel, avec un rĂ©gime d'acquisition et de report spĂ©cifique. L'employeur doit informer individuellement et de façon traçable chaque salariĂ© de ses droits et de la date limite de prise des congĂ©s ; sans cette information, les droits ne sont pas perdus. Les arrĂȘts pour accident du travail ou maladie professionnelle (AT/MP) continuent d'ĂȘtre assimilĂ©s Ă du temps de travail effectif pour l'acquisition des congĂ©s, dans la limite d'un an. Un suivi prĂ©cis des compteurs de congĂ©s et une gestion rigoureuse des notifications sont essentiels pour limiter les risques prudâhomaux et maĂźtriser le coĂ»t employeur. Les conventions collectives peuvent prĂ©voir des dispositifs plus favorables, qui sâappliquent sâils sont plus avantageux que la loi. Le niveau de maturitĂ© attendu du lecteur est Ă©levĂ©, visant principalement les professionnels RH, gestionnaires de paie et dirigeants. Les leviers dâaction identifiĂ©s sont la mise Ă jour des outils de paie, la formation des Ă©quipes, lâaudit des situations passĂ©es et lâexternalisation Ă©ventuelle de la gestion paie.
Lire l'article âđ§Ÿ Forfait mobilitĂ©s durables : aider les salariĂ©s Ă venir travailler autrement
Le forfait mobilitĂ©s durables (FMD) permet Ă lâemployeur de prendre en charge certains frais domicile-travail liĂ©s Ă des modes Ă©ligibles, comme le vĂ©lo, le covoiturage ou lâautopartage avec des vĂ©hicules Ă faibles Ă©missions. Il est facultatif et doit ĂȘtre instaurĂ© par accord collectif ou, Ă dĂ©faut, par dĂ©cision unilatĂ©rale aprĂšs consultation du CSE lorsquâil existe. En 2026, lâexonĂ©ration est plafonnĂ©e Ă 600 ⏠par salariĂ© et par an, ou Ă 900 ⏠en cas de cumul avec certaines prises en charge des transports publics ou de services publics de location de vĂ©los. Le montant versĂ© peut dĂ©passer ces limites, mais lâexcĂ©dent peut ĂȘtre soumis Ă cotisations et Ă lâimpĂŽt selon les rĂšgles applicables. En cas de cumul, lâemployeur doit additionner les prises en charge concernĂ©es, et non contrĂŽler le FMD seul. La gestion exige des justificatifs ou une attestation annuelle, une formalisation du dispositif et un suivi individuel des montants en paie. Les principaux enjeux portent sur la conformitĂ© sociale et fiscale, le pouvoir dâachat, la qualitĂ© de vie au travail et la promotion de mobilitĂ©s moins polluantes.
Lire l'article ââïž Solde de tout compte : attention aux congĂ©s payĂ©s acquis pendant la maladie
Lâarticle explique comment les arrĂȘts maladie et accidents du travail influent sur les congĂ©s payĂ©s dus au dĂ©part dâun salariĂ©. Depuis la loi DDADUE, un arrĂȘt maladie non professionnelle ouvre droit Ă 2 jours ouvrables par mois, dans la limite de 24 jours par pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence. Les congĂ©s acquis et non pris doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă lâindemnitĂ© compensatrice versĂ©e avec le solde de tout compte. Lâarticle illustre ce calcul avec une salariĂ©e ayant acquis 10 jours pendant cinq mois de maladie, en plus de 5 jours acquis aprĂšs sa reprise. En accident du travail ou maladie professionnelle, lâacquisition est en principe de 2,5 jours ouvrables par mois. Les congĂ©s acquis avant lâarrĂȘt et reportĂ©s doivent aussi ĂȘtre examinĂ©s selon les dĂ©lais applicables et lâinformation transmise au salariĂ©. DestinĂ© aux professionnels de la paie, lâarticle souligne les risques dâun compteur logiciel incorrect et prĂ©sente les points Ă vĂ©rifier, dont la qualification des absences, les pĂ©riodes de rĂ©fĂ©rence, la valorisation et les consĂ©quences sur les cotisations et la DSN.
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